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Le hameau de la reine: un village à l'ombre du château de Versailles

Il y a tant à dire sur le château de Versailles et son domaine qu’un blog entier n’y suffirait pas ! Plutôt que de survoler le tout en un seul article, je reviendrai plusieurs fois sur ce vaste et passionnant sujet. Et plutôt de commencer mon premier post « versaillais » par le château lui-même, j’ai choisi de consacrer ces première lignes à l’un des espaces les plus incongrus du domaine : le hameau de la Reine, petit village champêtre reconstitué à quelques centaines de mètres du célèbre palais.


La maison de la reine


Lorsque Marie-Antoinette d'Autriche épouse Louis-Auguste en 1770, elle n’a que 14 ans et le futur roi est à peine plus âgé. En sa qualité de dauphin de France destiné à succéder à son illustre grand-père Louis XV, le futur Louis XVI est soumis à une étiquette pesante et les moindres faits et gestes de la jeune autrichienne sont épiés par la cour. Devenue reine en 1774, Marie-Antoinette ressent rapidement le besoin de fuir le protocole et de se mettre à l'abri des regards indiscrets. Aussi, lorsque son époux lui offre le domaine de Trianon, elle l'investit pleinement et le transforme en un véritable refuge champêtre.



Le domaine de Trianon : de Louis XIV à Marie-Antoinette


Le domaine de Trianon, que l'on associe aujourd'hui instinctivement à Marie-Antoinette et que l'on perçoit comme un lieu intime à l'opposé du château de Versailles, a pourtant été conçu par Louis XIV lui-même. A l'emplacement de l'ancien village de Trianon, le roi commence par faire édifier un palais de porcelaine aujourd'hui disparu, dont les façades étaient en partie constituées de carreaux de céramique. Le chantier est confié à Louis Le Vau, premier architecte du roi ayant notamment contribué à la construction du château de Versailles. Louis XIV se rend à Trianon non pour y habiter, mais davantage pour donner de grandes réceptions et abriter ses amours avec sa maîtresse en titre, Madame de Montespan. Le caractère fragile de la construction lui donne l'allure d'une petite fabrique, amenant un soupçon d'originalité dans l'architecture versaillaise. Sa structure est toutefois fragile et le premier palais est vite remplacé : édifié en 1670, il est démoli moins de 20 ans plus tard, en 1687. Le roi sollicite alors un autre grand nom de l'architecture en la personne de Jules Hardouin-Mansart, principal architecte du château de Versailles, pour bâtir un palais de marbre rose, le Grand Trianon. Demeure de campagne, le palais n'en reste pas moins vaste, ayant fait l'objet de plusieurs campagnes d'agrandissement au fil des années.



Une fois monté sur le trône, Louis XV s'empare à son tour du domaine et y fait bâtir le Petit Trianon par son architecte fétiche, Ange-Jacques Gabriel (on lui doit notamment l'hôtel de Crillon place de la Concorde, anciennement place Louis XV, mais aussi la place de la Bourse à Bordeaux). Ce château aux dimensions modestes, avec son style classique et sa toiture terrasse surplombant le jardin, n'est pas sans rappelé les villas palladiennes, ces demeures de campagne tant appréciées par la noblesse d'abord italienne, puis française. Le rythme des façades est régulier sans être surchargé, dans le style néoclassique. Aménagés dans le goût français du milieu du XVIIIe siècle, les jardins du domaine de Trianon sont de type régulier ou à la française. Ces jardins sont facilement reconnaissables par leur symétrie, leur organisation axiale et les formes géométriques des parterres qui donnent le sentiment d'une nature domptée et magnifiée. Ce style largement répandu en France, a connu son apogée avec la création des jardins de Versailles par André Le Nôtre. Trianon est unanimement apprécié par ses propriétaires successifs pour le calme qu'il offre loin du tumulte versaillais. Avant d'accueillir Marie-Antoinette, le petit château abritera également les amours de Louis XV et de la Comtesse du Barry.



Un village pastiche conçu par Richard Mique


Lorsque Louis XVI monte sur le trône, il offre presque aussitôt Trianon à son épouse. Marie-Antoinette s'amourache du domaine et y passe le plus clair de son temps entourée d'une poignée d'intimes, ce qui la rend férocement impopulaire à la Cour. Elle s'y donne littéralement en spectacle, puisqu'elle a fait construire au Petit Trianon un théâtre sur la scène duquel elle se produit devant quelques privilégiés.


La reine désire faire de Trianon un lieu davantage tourné vers la nature. C'est qu'à cette époque la vie à la campagne est en vogue, prônée par les philosophes à l'instar de Jean-Jacques Rousseau. L'aristocratie se veut proche plus de la nature. Dans un élan pré-romantique, les dames de la cour s'habillent alors de fines robes de mousseline et cherchent à imiter la vie paysanne. Architecte-courtisan ami des aristocrates, Richard Mique est à l'écoute de la sensibilité de la reine. Il lui propose alors un projet fou : élaborer un village aux allures normandes, avec des maisons à pans de bois et en toit de chaume à deux pas du château de Versailles, le tout dans un jardin de style anglo-chinois. Le projet, initié en 1783, est achevé trois ans plus tard.



Contrairement au jardin régulier, le style anglo-chinois est reconnaissable pour l'aspect sauvage qu'il confère aux espaces paysagers, agrémentés de chemins sinueux. Toujours dans l'idée de promouvoir le retour à un état de nature, on y laisse la végétation s'épanouir plus librement. Richard Mique fait bâtir pour ce vrai/faux hameau une ferme, une laiterie, un potager ou encore une basse-cour, le tout bordant un lac. L'architecture des bâtiments est simple, faussement rurale. Les murs à pans de bois côtoient des façades en pierre avec modénatures en briques. La maison de la reine présente une architecture plus élaborée, avec un toit en tuiles pour le corps de bâtiment central et des balcons en bois permettent à Marie-Antoinette d'observer les travaux dans ses fermes. Une galerie semi-ouverte relie les bâtiments et était autrefois recouverte de fleurs fixés sur les treillis encore visibles. A l'intérieur, le mobilier est cossu, en contraste avec l'environnement rural. Pas question pour la reine de goûter aux joies de la vie champêtre sans un minimum de confort ! Tentures en soie, boiseries peintes, parquet versaillais, cheminées en marbre et décors raffinés nous rappellent qu'il s'agit d'un hameau royal. Parmi les objets incongrus, le mobilier comporte notamment un clavecin ainsi qu'un billard.


Le domaine de Trianon tout comme le château de Versailles, est abandonné à la Révolution pour être réinvesti au début du XIXe siècle par la seconde épouse de Napoléon Ier et petite nièce de Marie-Antoinette, Marie-Louise. L'impératrice fait alors redécorer les différentes pièces du hameau sans pour autant effacer le souvenir de son aïeule. Après une importante rénovation, il est désormais possible de visiter la maison de la reine (attention, réservation préalable obligatoire).




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