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Champs-sur-Marne : une maison de plaisance sur les bords de Marne

Située à quelques kilomètres de Paris, dans un cadre bucolique et à proximité immédiate de la Marne, cette demeure intrigue : tout à la fois modeste et fastueuse, elle fait partie des joyaux du patrimoine francilien encore relativement méconnu. Si vous souhaitez visiter le château de Champs-sur-Marne ou simplement en apprendre un peu plus sur ce domaine, cet article est fait pour vous !





Paul Poisson de Bourvallais, un paysan devenu fermier général


Le château de Champs-sur-Marne a été édifié au tout début du XVIIIe siècle, par l'architecte Jean-Baptiste Bullet de Chamblain, à qui l'on doit également l'un des hôtels particuliers de la place Vendôme, l'hôtel de Bourvallais, actuel Ministère de la Justice.

En ce début de siècle, la chance semble sourire à Paul Poisson de Bourvallais. Ce fils de paysan est devenu fermier général et son avenir prometteur : parti de rien, il a amassé une fortune conséquente, qui lui permet de figurer parmi les financiers les plus importants du royaume. Pour affirmer sa nouvelle position sociale, il décide de se faire bâtir un château. En 1703 il se porte alors acquéreur du domaine de Champs-sur-Marne, dont le chantier entamé en 1699 pour le compte de Charles Renouard, lui-même financier, est encore loin d'être achevé. L'ambitieux fermier général y voit alors l'occasion de reprendre le chantier en main et d'y laisser son empreinte. Il supervise donc les travaux avec son architecte jusqu'en 1707, date à laquelle le château revêt son aspect actuel.

Plus rapide est l'ascension, plus dure est la chute : après le décès de Louis XIV en 1715, le financier tombe en disgrâce et on l'accuse de malversations. Il est emprisonné à la Bastille et son château ainsi que l'hôtel de la Place Vendôme dont il était également propriétaire, lui sont confisqués.

Réhabilité, il meurt en 1719 sans avoir récupéré son château. Et pour cause : celui-ci a été acheté par la princesse de Conti, fille légitimée de Louis XIV et de la duchesse de La Vallière.





Château ou maison de plaisance ?


En France, la silhouette des châteaux connait une réelle évolution au cours du XVIIe siècle. Sous le règne d’Henri IV, le pouvoir royal se renforce et le roi commence à déléguer certaines missions à des hommes de confiance. Les grands domaines se constituent, les plus riches absorbant les petits hameaux voisins. Les anciennes maisons fortifiées se transforment, tant au niveau des abords, qui sont davantage ouverts, que de la demeure en elle-même, qui perd ses fortifications.


Si de nos jours, on utilise communément le terme générique de "château" pour désigner un large éventail d'édifices, notons qu'à cette époque il existe une classification plus précise. Pour faire simple, on parle de "palais" pour les demeures royales situées en ville et de "château" pour les domaines royaux situés à la campagne. Pour la noblesse et la haute bourgeoisie, on effectue également une distinction entre l'"hôtel particulier", situé en ville, et la "maison de plaisance", située à la campagne (pour aller plus loin, voir notamment le cours d'architecture du théoricien Blondel).


Construite pour le compte d'un puissant financier sur des terres rurales et à proximité de Paris, Champs-sur-Marne a donc bien été conçue comme une maison de plaisance, destinée au repos et à la vie privée de ses occupants.




Un havre de paix en pleine campagne


Le plan de l'édifice est relativement simple, puisqu'il se compose d'un corps de bâtiment principal flanqué sur sa façade avant de deux petits pavillons latéraux aux dimensions modestes. Cette même façade revêt une architecture relativement solennelle, avec en son centre un pavillon orné d'un fronton et d'un péristyle qui souligne l'entrée du bâtiment. A l'inverse, la façade sur jardin est interrompue par une rotonde dont les courbes offrent une vue imprenable sur les parterres de broderie du parc, ornements végétaux dessinés par Claude Desgot, un cousin de l'incontournable André Le Nôtre.



Cette distinction entre les façades côté cour et côté jardin est caractéristique des maisons et hôtels particuliers édifiés à cette période. Elle symbolise la hiérarchisation des espaces au sein d'une demeure: la façade côté cour est tournée vers l'espace public, elle peut être vue par tous. Elle se doit donc de refléter l'importance de son propriétaire, d'où le côté parfois un peu "pompeux" de son ordonnancement. Cette hiérarchisation se retrouve d'ailleurs dans l'agencement intérieur des pièces : on passe des salons d'apparat aux pièces les plus intimes. Pénétrer dans ces espaces est réservé aux proches ou aux hôtes de marque. Quant au jardin, c'est un peu le "clou du spectacle" ! Champs sur Marne ne fait pas exception à la règle: l'édifice surplombe le jardin qui descend lentement vers la Marne, offrant ainsi une vue imprenable sur les bosquets, les parterres et les fontaines, aménagés autour d'une perspective qui parait infinie.



Par son plan massé, certains verront dans cette demeure une ressemblance avec le château de Maisons, tandis que d'autre y retrouveront une version simplifiée du château de Vaux le Vicomte. Mais il s'agit avant tout d'un lieu unique dont la modestie, toute relative, n'enlève rien à la splendeur.



Un lieu intime et raffiné

A Champs sur Marne, vous aurez l'occasion de découvrir une demeure confortable et richement meublée. On y trouve un billard, une bibliothèque et un salon de musique. Le vestibule accueille un grand escalier excentré sur la gauche, qui dessert le premier étage. L'étage noble est aménagé en différents appartements desservis par un long couloir.

Parmi les pièces plus remarquables, cette salle à manger au décor fastueux.




Le grand salon est ornée de boiseries dont les "chinoiseries", très en vogue à cette époque, sont l’œuvre de Christophe Huet. Elles remontent au milieu du XVIIIe siècle et ont été commandées au peintre par le duc de la Vallière, l'un des propriétaires du château (voir plus bas).




L'une des particularités de cette bâtisse est la conservation de pièces plus modestes mais non moins intéressantes, à l'instar du cabinet de toilettes ou de la salle à manger des enfants.












De la marquise de Pompadour à Sofia Coppola

La princesse de Conti décède en 1739 et elle lègue le domaine à son cousin, le duc de la Vallière, un libertin raffiné qui possédait une immense fortune. Proche de la marquise de Pompadour et de son royal amant, Louis XV, le duc reçoit les hommes de lettres de son temps, de Diderot à Voltaire. Lassé de sa demeure, il loue Champs-sur-Marne à son amie de 1757 à 1759.

De son passage, on conserve sa chambre d'apparat dont le décor revêt une allure royale, comme le montre le grand dais de couleur pourpre et orné de broderies d'or. Petit clin d’œil au couple que forment la marquise et le roi, les boiseries de cette chambre sont ornées d'un couple de colombes.


Par la suite la demeure est acquise par le Comte Cahen d'Anvers, qui entreprend alors de restaurer l'édifice et notamment ses combles brisés, qui avaient été supprimés au profit d'une toiture-terrasse plus à la mode au XVIIIe siècle. A son décès en 1935, il lègue le domaine à l’État. Sous la Ve République, Champs-sur-Marne est utilisé pour accueillir d'abord le Président lui-même, puis les hôtes de marques.


Aujourd'hui, le domaine est ouvert au public et accueille de nombreux tournages de films d'époque, dont le film de Sofia Coppola "Marie-Antoinette", ou encore la série Versailles. Pour les curieux, le parcours de visite est agrémenté de tablettes qui relatent les différents tournages et les pièces dans lesquelles ils ont eu lieu.


Envie de découvrir d'autres joyaux de notre patrimoine ? Je vous invite à parcourir les articles du blog sur l'opéra Garnier ou le domaine de Marie-Antoinette.


L'article vous a donné envie de visiter le château de Champs sur Marne ? Voici où trouver toutes les infos: http://www.chateau-champs-sur-marne.fr/



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