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L'architecture contemporaine : une définition pas si simple

Mis à jour : févr. 20

Donner une définition de l'architecture contemporaine ? Pas si simple que ça ! C'est un sujet aussi vaste que complexe : elle appartient à notre histoire immédiate et se construit dans le temps présent. Nous ne pouvons donc avoir qu’une vision limitée de l'architecture contemporaine et sa compréhension ne peut se faire sans remonter le temps, jusqu’aux prémices de l’architecture moderne.




Le mouvement moderne à l'origine de l'architecture contemporaine


La naissance du mouvement moderne en Europe au début du XXe siècle, marque un tournant dans l’histoire de l’architecture. A Paris, il prend forme après une période d’intenses bouleversements impulsés par le baron Haussmann et par le mouvement Art Nouveau. Il puise ses origines au sein des innovations technologiques et des nouveaux besoins de la société.

En effet, la révolution industrielle est une période qui voit apparaitre les lignes de chemins de fer et au cours de laquelle sont construits de grands équipements à destination de la population. C’est aussi l’époque du développement de nouvelles méthodes de constructions et de l’utilisation de nouveaux matériaux. Ainsi, si le métal est l’innovation majeure du XIXe siècle, le béton devient le matériau de prédilection des architectes du courant moderne. Ce dernier permettant de différencier la structure du bâtiment de son enveloppe, les façades ne sont plus porteuses et le poids de la construction est désormais réparti sur des poteaux et des poutres. L’architecture peut alors se libérer des anciennes contraintes d’ordonnancement des façades et de composition des bâtiments. Ce mouvement est avant tout un courant intellectuel et artistique qui envahit l’Europe. Il ne se limite pas à l’architecture mais se répand dans tout les domaines artistiques. En architecture, il fera l’objet de nombreuses théories et publications, tant par les architectes allemands du Bauhaus que par le chef de file français Charles-Edouard Jeanneret-Gris, plus connu sous le nom de Le Corbusier (1887-1965). En 1927, il publie Les cinq points de l’architecture moderne, ouvrage qui regroupe les éléments caractéristiques des constructions modernes. Ainsi, les piliers du mouvement moderne selon Le Corbusier sont les suivants: Le plan libre, la toiture-terrasse, les fenêtres en bandeaux, la construction sur pilotis, et la façade libre. Le Corbusier applique lui-même ces principes de construction, dont la mise en oeuvre la plus fameuse est la villa Savoye de Poissy.


Ce mouvement va impulser un grand nombre de créations architecturales de la première moitié du XXe, jusqu’à la mort de Le Corbusier en 1965 et même au-delà. On trouve aujourd’hui encore des traces des théories architecturales modernes sur les productions contemporaines. En France, ce sont plusieurs générations d’architectes en activité qui ont été formées selon les concepts développés par Le Corbusier et ses contemporains, ce qui peut expliquer la persistance de ce mouvement. Cependant, comme dans tout domaine artistique la nécessité de se renouveler se fait de nouveau sentir. Par ailleurs, comme ce fut le cas au siècle précédent, la société connait de profonds bouleversements. L’architecture contemporaine, par définition récente, semble encore se chercher et de son caractère naissant découle la rareté d’écrits théoriques. On est davantage dans une phase de construction que dans une phase de théorisation

L'architecture contemporaine et ses multiples visages Dans les années 1970, on assiste à la naissance d’un premier mouvement critique à l’égard de l’architecture moderne. Les principes développés par les théoriciens de la premier moitié du XXe siècle autour de villas privées et à destination d’une clientèle aisée ne se montrent pas aussi efficaces lorsqu’il s’agit de les adapter à des programmes collectifs ou à des productions de grande envergure.


L’architecte américain Charles Jencks (1939-), est une figure de mouvement post-moderne émergent. Il émet une critique des grands ensembles produits en série lors de l’ère moderne, qu’il juge de piètre qualité (ci-contre les Tours Aillaud, à Nanterre).

Il prône un retour aux techniques et aux traditions locales et promeut une architecture néo-vernaculaire.



C’est ainsi que la production architecturale contemporaine est caractérisée par un panachage de mouvements, entre une volonté de retourner à des modes de construction historiques à travers l'édification de bâtiments pastiches et la survivance des cinq piliers de l’architecture moderne. Dès lors, aucun courant ne se démarque comme courant dominant. On peut cependant identifier plusieurs mouvements d’envergure internationale.


Parmi ces mouvements, on peut citer par exemple l’architecture formaliste, qui fait de la forme de la construction son concept phare. C’est alors la forme du bâtiment qui guide le programme, sa fonction devant nécessairement s’adapter à la forme choisie. L’architecte français Christian de Portzamparc est l’un des adeptes de ce courant. Il étudie les volumes et travaille sur la fragmentation et la reconstruction des différents éléments qui structurent sa réalisation. La Cité de la Musique de Paris (XIXe arrondissement) en est une mise en oeuvre particulièrement parlante.


Dans le prolongement direct de l’architecture moderne, on peut également identifier le courant High Tech, porté par plusieurs architectes dès les années 1980, dont le duo à l’origine du Centre Pompidou, le britannique Richard Rogers (1933-) et l’italien Renzo Piano (1937-), ou encore l’architecte britannique Norman Foster (1935-), maitre d’oeuvre entre autre de la Tour HSBC de Hong Kong. Le fil conducteur de ce mouvement est la recherche de l’innovation technologique. Ainsi , que ce soit sur la structure elle-même, ou sur les techniques de production des matériaux, les architectes adeptes de ce courant conçoivent leurs oeuvres dans une totale liberté, comme une démonstration des prouesses technologiques de notre époque. Que ce soit à Paris ou à Hong Kong, la structure se dévoile totalement, devenant non plus un élément porteur mais le décor principal de la façade. L’architecture se dévoile en toute transparence. Ainsi, et c’est probablement là le trait de caractère le plus significatif de l’architecture contemporaine, il ne s’agit pas d’un mouvement, que l’on peut identifier sous divers critères de classifications uniformes, mais plutôt d’une pratique de l’architecture qui se veut libératrice et innovante.


La naissance d'une architecture contemporaine d'envergure internationale L’architecture contemporaine bénéficie d’une exposition permanente assurée par l’organisation de nombreuses manifestations périodiques. Si les expositions universelles sont depuis leur création à l’origine de pavillons spectaculaires (à l'instar du Grand Palais, édifié à Paris pour l'édition de 1900) symbolisant les savoirs techniques et industriels de ses participants, la biennale internationale d’architecture de Venise est également une manifestation majeure de l’architecture contemporaine. A l’origine pourtant, la première biennale de 1980 dévoile plutôt une tendance à se tourner vers le passé, et à privilégier l’historicisme dans la production architecturale européenne.



Toujours dans cette logique d’internationalisation et de promotion de l’architecture, plusieurs prix sont organisés en vue de récompenser les architectes auteurs de création contemporaines qualitatives et innovantes. Parmi ces évènements d’envergure internationale, citons le plus fameux : le prix Pritzker, décerné annuellement par un jury indépendant. Cependant, si l’ambition affichée est de promouvoir l’architecture à un niveau mondial, on ne peut que constater que la grande majorité des lauréats sont issus des pays occidentaux. Ainsi, depuis la création du prix en 1979, moins de 5 architectes récompensés sont issus de l’hémisphère sud, dont le lauréat de l’année 2018 de nationalité indienne, Balkrishna Vithaldas Doshi (1927-).



Un espoir d’ouverture émerge toutefois en 1977 avec la création du prix triennal Aga Khan d’architecture visant à mettre en lumière les réalisations architecturales dans les sociétés musulmanes ou les réhabilitations de monuments musulmans à travers le monde. Parmi les lauréats de 2016, citons ainsi Kashef Chowdhury, qui a collaboré avec le cabinet URBANA pour la construction du « Friendship Center » de Gaibandha, au Bangladesh.


Le développement d'une architecture contemporaine iconique et des "starchitectes"

Les architectes ainsi récompensés deviennent de vraies célébrités dans leur domaine et sont connus du grand public. On note alors le développement d’une tendance à produire de l’architecture conceptuelle, en construisant des bâtiments qui deviennent emblématiques du lieu qu’ils occupent. Les villes se dotent de constructions qui deviendront des marqueurs identitaires pour le reste du globe, à travers de grands projets de restructuration d’espaces publics, à l’instar du Metropol Parasol de Séville (ci-dessous), ou d’équipements culturels, comme la philharmonie de Paris de l'architecte star Jean Nouvel.



Cette architecture iconique va de paire avec l’accroissement du rôle des villes dans la mondialisation. On parle alors de ville globale ou de "ville-monde", selon le terme initié par la sociologue et économiste américaine Saskia Sassen. Ce terme désigne désigne des métropoles capables de peser dans la balance économique mondiale. S’y concentrent les pouvoirs centraux des entreprises et de l'économie mondiale. Ces villes concurrencent alors les pays sur la scène internationale et encourage la réalisation d’oeuvres architecturales symbolisant leur puissance. La construction des quartiers d’affaires et de leurs interminables gratte-ciels en sont une illustration. Les villes se lancent dans une réelle course à la verticalité et au record de hauteur, détenu actuellement par la Burj Khalifa de Dubaï, construite par l’agence d’architectes SOM (Skidmore, Owings and Merrill). L'architecture contemporaine : une production d'objets déconnectés de leur environnement Avec la mise en place d’une architecture contemporaine internationalisée et malgré l’absence de courant prédominant et la construction des bâtiments-icônes, on assiste à une uniformisation de la production. Ainsi, un bâtiment conçu comme un objet architectural est élaboré de manière indépendante, sans rapport au site sur lequel il s’implante. C’est alors que l’on pourrait tout aussi bien transposer telle ou telle tour d’une ville à une autre, sans que cela puisse choquer ou dépareiller.

Finalement, malgré l’intention de construire un bâtiment unique, on en arrive à créer des objets qui fonctionnent de façon indépendante, sans rapport au site. Prenons pour exemple le cas de la tour 30 St Mary Axe à Londres. Cette tour créée par Norman Foster, adoptant une forme originale rappelant un cornichon, est soupçonnée d’avoir très fortement inspiré Jean Nouvel pour la construction de la tour Agbar, à Barcelone. Ces deux tours singulières et fortement semblables ont donc été implantées dans deux endroits pourtant forts différents.





A gauche, le gratte-ciel de Londres. A droit, celui de Barcelone.


L'architecture contemporaine : une architecture mondialisée qui se veut timidement écologique


Progressivement, l’architecture contemporaine se veut écologique et axée sur le développement durable au niveau mondial. En 2008 à Saragosse, l’exposition internationale avait pour thème l’eau et le développement durable. Cet évènement a été l’occasion pour les architectes de travailler sur des pavillons répondant à cette thématique non seulement sur leur forme, mais aussi dans la conception même du bâtiment. C’est notamment le cas du pavillon construit par l’architecte iraquienne Zaha Hadid, qui relie les deux rives de l’Ebre, tout en assurant le rôle de lieu d’exposition. De par sa structure qui assure une bonne circulation de l’air, il s’auto réfrigère.




Quelques années plus tard à Milan, l’exposition universelle poursuit cette prise de conscience en abordant pour thème « Nourrir la planète, énergie pour la vie », avec pour ambition affichée de développer des modes de vie éco-responsables. Les architectes Anouk Legendre et Nicolas Desmazières conçoivent pour représenter la France un pavillon en ossature bois, à faible consommation énergétique.

L’exposition hors les murs organisée en 2017 à la Réunion par la cité de l’architecture et du patrimoine est également une illustration parlante de cette prise de conscience collective du rôle de l’architecte sur le plan écologique. « Réenchanter le monde. Architecture, ville, transitions » est une exposition qui aborde ce rôle sous un angle large. Il s’agit en effet, comme l’annonce le site internet de l’exposition, d’un réel « Manifeste en faveur d’une architecture de résistance et de transformation du réel, dans ses enjeux les plus cruciaux : construire une civilisation urbaine, loger 9 milliards d’humains, protéger la nature et ses ressources, accomplir l’équité dans l’accès au développement... ». Cette phrase résume parfaitement le rôle assumée par l’architecture contemporaine globale. Au-delà de l’architecture iconique et de la dimension économique, prédomine une exigence de réflexion sur le développement et l’aménagement des lieux de vie et la consommation des ressources à l ‘échelle du monde. Leader de l’exubérance architecturale et des projets démesurés dénués de considération écologique (on se rappelle notamment de la construction des îles artificielles qui a entrainé la destruction de récifs coralliens), Dubaï est la future hôtesse de l’exposition universelle de 2021, dont le thème est « Connecter les Esprits, Construire le Futur ». La construction durable, la biodiversité et le réchauffement climatique devraient être au coeur de cette manifestation, avec comme enjeu pour Dubaï de troquer sa réputation de ville bétonnée pour une image éco-responsable, plus en adéquation avec l’architecture contemporaine mondiale. L'art contemporain se plaît à choquer parfois. Comment ? voyez plutôt en lisant cet autre article du blog !


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