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La fillette au volant : les vertus bourgeoises selon Chardin

Mis à jour : juin 17

Les oeuvres de Jean-Siméon Chardin (1699 - 1779 ) ont su provoquer en leur temps l'admiration de Diderot. Amateur d'art, et auteur d'ouvrages critiques sur les Salons, le philosophe a qualifié l'artiste de "grand homme" qui peint "une imitation fidèle de la nature". Et si Chardin excelle dans son domaine de prédilection qu'est la nature morte, la fillette au volant nous dévoile tout son talent pour les scènes de genre, précieux témoignage des vertus bourgeoises de son époque.


la fillette au volant, tableau de Chardin, conservée à la galeries des Offices, Diderot critique d'art de Florence. Peinture représentant les valeurs morales de la société bourgeoise de l'époque de Louis XV
La fillette au volant, 1737, huile sur toile, 82 x 66 cm, Florence, Galerie des Offices

Chardin, peintre de nature morte


Jean-Siméon Chardin nait à Paris en 1699 et y passera toute sa vie. Ses années de formation sont peu documentées mais on sait toutefois qu'il passera par l'atelier de Noël-Nicolas Coypel, dont la famille fit les beaux jours de la peinture française pendant plusieurs décennies. Son père, Nicolas Coypel, a notamment oeuvré à Versailles, en réalisant le décor du plafond de la salle des Gardes de la reine.


De 1724 à 1729, Chardin occupe le poste de maitre peintre à l'Académie de Saint-Luc, fameuse communauté de peintres et de sculpteurs de Paris. A cette période il commence à réaliser ses premières natures mortes avec déjà une manière singulière : il peint sur le vif et sans croquis préparatoires, réduisant sa palette chromatique au strict minimum. Les sujets qu'il choisit (carcasses, fruits, objets) sont disposés au premier plan et occupent la quasi totalité de l'espace.


Son style plait et lorsqu'en 1728, il propose à l'Académie royale de peinture et de sculpture deux toiles comme morceaux de réception, il triomphe. La raie et son pendant le buffet contournent avec brio la monotonie que peuvent susciter chez certains les natures mortes, en proposant chaque fois une composition saisissante de réalisme. La chair du poisson ainsi exposée dans la première oeuvre est adoucit par la délicatesse de la touche de Chardin. Dans le buffet, les fruits sont rougeoyants, appétissants. Fait rare chez Chardin, ses deux natures mortes sont habitées par un être vivant, un chat pour la raie et un chien pour le buffet, tous deux introduits comme élément perturbateur du calme ambiant.


Sans volonté de proposer différents niveaux de lecture, ces natures mortes ne sont que ce qu'elles paraissent être mais n'en demeurent pas moins exécutées avec une habileté qui saura lancer la carrière du jeune peintre. Il est immédiatement reçu à l'Académie en tant que peintre de nature morte.







La raie, 1726, huile sur toile, 114,5 x 146 cm, Paris, musée du Louvre

Le buffet, 1728, huile sur toile, 194 x 129 cm

Paris, musée du Louvre




Chardin, témoin d'une société à la recherche de moralité


A la mort de Louis XIV en 1715, son arrière petit-fils le futur Louis XV n'a que 5 ans. Jusqu'à sa majorité, une régence est instaurée avec à sa tête et contrairement aux dernières volontés du défunt roi, son neveu Philippe d'Orléans (1674 - 1723). Au décès de son oncle, la France est fragilisée par la guerre de succession au trône d'Espagne. Ce conflit européen a certes permis l'installation d'un Bourbon de l'autre côté des Pyrénées mais désormais les caisses de l'Etat sont vides. Libertin notoire, le Régent rompt avec l'étouffante et ultra-codifiée cour de Versailles, pour redonner à la haute société un peu de liberté. Rapidement, il quitte Versailles pour installer le pouvoir à Paris et reprend en main le royaume en collaborant avec le Parlement.


Toutefois, sa réputation est sulfureuse et la société le perçoit comme un débauché. Aussi, lorsque le jeune Louis XV prend finalement le pouvoir, les grands philosophes du siècle des Lumières incitent à davantage de moralité au sein de la société bourgeoise.


C'est dans ce contexte que Chardin développe sa production de toiles de scènes de genre. A l'instar de la nature morte, ce genre ne se place pas très haut dans la hiérarchie des genres instaurée par l'Académie. Mais le peintre n'a pas la volonté de réaliser de grandes toiles historiques ou vantant les exploits militaires de la France. Au contraire, Chardin s'intéresse au quotidien de ses semblables, qu'il souhaite capter sur le vif. Il se place en observateur de scènes toutes aussi anodines les unes que les autres.C'est justement ce style simple, épuré et dénué de double-sens ou d'interprétations cachées, voir tendancieuses (à l'image de son homologue Jean-Baptiste Greuze, dont je vous parlais dans cet article et qui manie l'art des sous-entendus avec talent !) qui font le succès de Chardin.


Sans le désigner comme peintre réaliste, dans la mesure où il s'attache avant tout à représenter une société emprunte de mille vertus diffusant ainsi un message moralisateur, Chardin s'emploie à représenter le réel, ou en tout cas son interprétation du réel. Il met toujours en avant un personnage dont l'action révèle une qualité que se doit de posséder tout bourgeois qui se respecte. Délicatesse, concentration, patience et modestie sont ainsi vantées par l'artiste au gré de ses toiles.




La jeune fille au volant, ou la bourgeoisie idéalisée selon Chardin



L'enfant est un sujet très présent dans l'oeuvre de Chardin. A travers ce thème, c'est surtout l'éducation et la transmission des valeurs morales que prône le peintre. N'oublions pas qu'à la même époque, Jean-Jacques Rousseau écrivait "Emile ou de l'Education". L'artiste se consacre ainsi de nombreuses fois à ce thème. Sa toile, le fils de M. Le Noir s'amusant à faire un château de cartes n'honore-t-elle pas la concentration du jeune garçon, futur gentilhomme ?



La fillette au volant, toile exposée à la galerie des Offices de Florence, représente une jeune fille calme, parfaitement habillée et coiffée selon les codes vestimentaires de son époque. Elle tient dans ses mains une raquette et un volant, on imagine donc qu'elle s'apprête à lancer son volant. Mais est-elle en train de jouer, ou la partie est-elle terminée ? Cette jeune fille que l'on observe, semble elle-même absorbée par quelque chose. Son regard lointain lui donne un air pensif. De cette toile, se dégage une atmosphère paisible, douce, presque parfaite. Elle caractérise la vie irréprochable d'un foyer bourgeois du XVIIIe siècle comme on se l'imagine.






Parmi les nombreux artistes talentueux qui ont marqué l'histoire de l'art au XVIIIe siècle, je vous propose de découvrir Elisabeth Vigée-Lebrun, la portraitiste de Marie-Antoinette, dans cet article.


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