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Voltaire dans les arts : un philosophe en trois portraits

Mis à jour : mars 26

France Télévisions diffuse actuellement un biopic historique, Les aventures du jeune Voltaire, porté par Thomas Solivérès. Nous y découvrons Voltaire dans ses jeunes années, avant que ses idées ne trouvent l'écho qu'on leur connait aujourd'hui. C'est pour moi l'occasion de mettre en lumière l'image de François-Marie Arouet (1694 - 1778) dit Voltaire dans les arts. Dans cet article, je vous propose de découvrir Voltaire à travers trois portraits bien différents réalisés par ses contemporains.


Voltaire dans les arts : portrait d'un philosophe des Lumières, par Maurice Quentin de La Tour


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portrait de Voltaire, 1735, pastel, 60 x 50 cm,

Ferney-Voltaire, château de Voltaire


Maurice Quentin de La Tour (1704 - 1788) est le portraitiste le plus en vue de la haute société française du XVIIIe siècle. Il excelle dans l'art du pastel et sa représentation de Madame de Pompadour, favorite de Louis XV, est un véritable chef d'oeuvre. Comme à son habitude, il propose une toile de grand format. La marquise est assise à sa table de travail, entourée des attributs de la littérature, de l'astronomie, de la musique et de la gravure. Ce tableau raffiné, tout à l'avantage de son sujet, symbolise l'engagement de Madame de Pompadour pour la France à travers son rôle de mécène des arts et des lettres.


Avec son portrait de Voltaire, exposé au château de Voltaire à Ferney-Voltaire, Maurice Quentin de La Tour ne s'éloigne pas de son style habituel et exécute un pastel, de petit format néanmoins, destiné à promouvoir les qualités intellectuelles de son sujet. Le philosophe est représenté en tenue d'apparat, le regard vif et le torse bombé. Tout en tenant un livre dans ses mains, il arbore un sourire satisfait, un brin suffisant. La toile est divisée en deux : du côté gauche de la diagonale, soit derrière Voltaire, l'ombre. Devant lui, du côté droit, la lumière. Le message est clair : tel un sage, il se présente au spectateur pour le guider de son esprit éclairé.



Voltaire dans les arts : portrait dans l'intimité du philosophe, par Jean Huber


Voltaire à son lever à Ferney, 1772, huile sur toile,

Saint Petersbourg, musée de l'Ermitage


C'est en presque voisin et ami que Jean Huber (1721 - 1786) fréquente Voltaire. Le philosophe fut probablement son modèle favori, tant il lui consacra de croquis, silhouettes et peintures. Huber est un habitué de Ferney et c'est donc tout naturellement qu'il nous livre un portrait de Voltaire dans ses appartements, portrait qu'il réalisera en plusieurs versions, conservées au musée Carnavalet, au château de Voltaire ou au musée de l'Ermitage de Saint-Petersbourg.

Ici, plus de tenue d'apparat, de posture pompeuse servant à la propagande des idées des Lumières. Ce que souhaite nous montrer Huber, c'est l'image plus humaine de Voltaire, prise sur le vif dans un moment d'intimité. Le philosophe est ici représenté à son réveil, dans sa chambre. Son lit est défait, il porte encore sa tenue de nuit, et tandis qu'il s'habille, il dicte à son secrétaire une lettre. Le portrait est brut, Voltaire n'est pas magnifié ou embelli. On croit même pouvoir déceler un brin de mauvaise humeur et d'autoritarisme dans les plis de son visage. Nous observons alors plutôt un vieux sage dans son quotidien de Ferney.



Voltaire dans les arts: portrait d'un homme mis à nu, par Jean-Baptiste Pigalle


Voltaire nu, 1776, marbre, 1,50 x 0,89 x 0,77 m,

Paris, musée du Louvre


Mais qu'est-il donc passé par la tête de Jean-Baptiste Pigalle (1714 - 1785), pour représenter ainsi l'illustre philosophe ? C'est bien la question que s'est posée le collège d'écrivains et de mécènes qui a financé la sculpture. Pourtant la commande était simple, limpide même : ériger une statue pour rendre hommage au savoir de Voltaire et à son rôle majeur dans la société littéraire du XVIIIe siècle. Madame de Necker, épouse du ministre des Finances et dont le salon littéraire parisien est très en vue, lança une souscription à laquelle même Rousseau, l'ennemi de toujours, accepta de participer.


Pigalle retenu, il se déplace à Ferney pour croquer son modèle. Mais le résultat provoque un véritable scandale : le corps décharné de Voltaire, représenté tel un vieillard - il a à l'époque plus de 80 ans - choque. Dépouillé du moindre ornement, si ce n'est un drap qui masque partiellement sa nudité, Voltaire n'en parait pas pour autant diminué. Au contraire, son visage rayonne toujours et malgré la faiblesse de son corps, son esprit lui, demeure intact. C'est bien là l'hommage qu'a voulu rendre Pigalle au philosophe.


Voltaire se montre réticent, mais afin de respecter le travail de l'artiste, il ne s'oppose à l'achèvement de l'oeuvre. Finalement, la statue n'est pas exposée et pendant longtemps elle demeure cachée au public. Léguée à l'Institut de France par le petit neveu de Voltaire en 1807, elle entre finalement dans les collections du Louvre en 1962 où elle est désormais exposée.




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