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Plume d'Art

quelques mots sur l'art au bout d'une plume !

  • Marie Andrée Boulais

Les Automatistes : mouvement artistique du patrimoine québécois

Pour la nouvelle année, Plume d'Art a invité une rédactrice web indépendante à partager sa passion de l'art et du patrimoine. Le temps d'un article, j'ai confié les rennes du blog à Marie-Andrée Boulais, qui nous fait découvrir un courant artistique méconnu en France : les Automatistes.


« Les Automatistes étaient des paysagistes dans le grand sens du mot, véhiculant les rapports de l’homme avec son milieu géographique, avec sa lumière. » – Marcelle Ferron



Riopelle, Autriche III, Les Automatistes, peintre québécois, Canada, peinture
Jean-Paul Riopelle, Autriche III, 1954, Huile sur toile, Musée des Beaux-Arts de Montréal


Comment définir le mouvement automatiste?


Nous pouvons définir l’automatisme par un mouvement artistique québécois qui s’inspire du surréalisme français. Il provient de l’impulsion de l’écriture automatique liée à l'inconscient de la pensée. Pour concevoir de l’art automatiste, l’artiste doit se libérer de toute pensée reliée au sujet de création. C’est plutôt l’esprit, sans vouloir contrôler quoique ce soit, qui doit se laisser aller à une écriture ou un mouvement automatique. Un peu à la manière des médiums qui écrivent des messages provenant de l’au-delà.


Paul-Émile Borduas, professeur à l’École du Meuble de Montréal, fut le fondateur du mouvement et le principal auteur du manifeste Refus Global en1948. Son processus de création, inspiré par le poète André Breton, pouvait débuter par une ligne, un trait ou une tache de couleur. Il construisait son œuvre autour de ce premier jet et donnait un titre à son œuvre seulement lorsqu’il avait fini de peindre. L’artiste donnait une importance à la plasticité de la matière et fut inspiré par Jackson Pollock, peintre américain de l’expressionnisme abstrait.


Des jeunes artistes se joignent à Borduas pour finir par créer un groupe. Ils exposent pour la première fois à New York en 1946 et ensuite, à Paris en1947. Leurs premières apparitions au Québec se font en avril 1946 et en février1947. Lors de cette dernière exposition, le nom des Automatistes leur sera décerné pour la première fois par Tancrède Marcil fils, un étudiant de l’École des beaux-arts de Montréal. 


On retrouve dans ce groupe les peintres Marcel Barbeau, Pierre Gauvreau, Fernand Leduc, Jean-Paul Mousseau ainsi que Jean-Paul Riopelle, pour ne nommer que ceux-là. On y retrouve également le photographe Maurice Perron, le poète Claude Gauvreau ainsi que le psychanalyste et psychiatre Bruno Cormier, signataire du Refus Global. Ce dernier écrira, au début du mouvement automatiste, des poèmes et des pièces de théâtre.


Malgré que le groupe soit principalement composé d’hommes, les signataires du manifeste sont en parité. En effet, on y retrouve beaucoup de femmes automatistes dont les peintres Marcelle Ferron, Madeleine Arbour, Rita Letendre et Louise Renaud, les danseuses Françoise Riopelle et Françoise Sullivan, la chorégraphe Jeanne Renaud, la comédienne Muriel Guilbault et la romancière et poète Thérèse Renaud.



Refus Global


Le manifeste des Automatistes Refus Global, paru en 1948, fut signé par presque tous les artistes mentionnés ci-haut. Le but du manifeste était de revendiquer de nouvelles idées dans l’art et de dénoncer le système autoritaire oppressif du Québec.


Les Automatistes prônent, bien évidemment, un appel à l’anarchisme et au rejet de toutes formes d’autorité quelconque dans le système politique québécois. Ils refusent de se conformer à l’autorité du clergé et de l’académisme. Le manifeste préconise plutôt un appel à l’amour, à la spiritualité, au surréalisme et à l’accomplissement de soi. Les Automatistes ne prennent pas en compte la science et ne valorisent pas un grand savoir absolu. Ils en déduisent que la connaissance ne mène pas nécessairement au bonheur ou à la prospérité. Ils privilégient également une démarche individuelle artistique au détriment de la collectivité.


Cette critique de la société et des valeurs québécoises ne fut pas sans conséquences. En effet, le manifeste ne passe pas inaperçu dans les médias québécois et est critiqué par un grand nombre de journalistes. Il faut dire que nous sommes en 1948 et que le mouvement avant-gardiste dénonce un système autoritaire louangé par le peuple dans un Québec encore très attaché à ses valeurs traditionnelles. Cela fait perdre son titre de professeur à Paul-Émile Borduas et il dut se contenter de son art pour gagner sa vie. Quant à ses acolytes, ils furent rejetés pendant de nombreuses années jusqu’à ce que la Révolution tranquille fasse évoluer les mentalités et rejoint les idéaux des Automatistes.  


Il va sans dire que le mouvement automatisme a su trouver bon nombre de fidèles d’années en années et a réussi à alimenter la flamme des artistes au courant du XXe siècle. L’un de ses membres connaît d’ailleurs une carrière internationale et est considéré comme un des plus grands peintres de son époque.


En effet, Jean-Paul Riopelle a su réinventer l’art québécois grâce à son style pictural unique qui en fait l’un des pionniers au niveau de sa pratique. Pour ma part, j’ai eu la chance de pouvoir admirer ses œuvres au Musée des Beaux-Arts de Montréal. Une salle d’exposition complète lui est d’ailleurs réservée.


Parmi ses œuvres, j’aime beaucoup Autriche III, une huile sur toile, qui fut réalisée en 1954. J’apprécie la place réservée au blanc qui décompose la toile en 3 sections (noir, blanc et couleur). Autriche III aurait été inspirée de l’émerveillement de Riopelle face à la vue des glaciers lors d’un voyage en Autriche.




Merci pour cette belle découverte, Marie-Andrée, et à bientôt sur Plume d'Art !






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