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Van Gogh à l'Atelier des Lumières : Des paysages néerlandais jusqu'aux nuits étoilées françaises.

Après une première exposition plus que réussie sur Klimt (voir mon précédent article ici), l’Atelier des Lumières nous propose cette fois une immersion au cœur des œuvres d’un autre génie en la matière : Van Gogh. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’exposition est un succès !


Nuit étoilée sur le Rhône, 1888, huile sur toile, 72,5 x 92 cm, Musée d'Orsay



Petit rappel pour ceux qui ne connaissent pas (encore) l’Atelier des Lumières : il s’agit d’une salle d’exposition inaugurée en avril 2018, qui propose de découvrir l’art à travers la projection numérique. Loin du traditionnel parcours de visite qui se résume souvent à une salle relativement silencieuse au sein de laquelle on déambule d’œuvre en œuvre, l’Atelier des Lumières plonge le visiteur parmi les toiles emblématiques de l'artiste projetées en format XXL sur le moindre recoin du bâtiment, le tout en musique.



S’il jouit aujourd’hui d’une renommée mondiale, ultra coté sur le marché de l’art (son célèbre portrait du Docteur Gachet a été vendu aux enchères pour plus de 72 millions d'euros), sujet de nombreuses expositions et de films, Vincent Van Gogh (1853-1890) n'a pas connu le même succès de son vivant.


Portrait de l'artiste, Vincent Van Gogh, 1887, huile sur toile, 44 x 35,5 cm, Musée d'Orsay



Des débuts difficiles


Fils d'un pasteur néerlandais, Van Gogh connait une jeunesse indécise : il a bien failli devenir marchand d'art comme semble le vouloir la coutume dans sa famille - plusieurs de ses proches, dont son frère Théodore, exercent cette profession - mais il échoue, ne parvenant pas à considérer le travail d'un artiste comme une marchandise qu'il faudrait vendre à tout prix. Au contraire, il n'hésite à fournir à ses clients des conseils pour dénicher la perle rare à moindre coût, ce qui lui vaut de se faire licencier rapidement. En parallèle, alors qu'il vit à Londres, il connait un chagrin d'amour qui va heurter le jeune homme sensible qu'il est alors et sa gaité laisse place à une mélancolie qui ne le quittera plus.

Profondément spirituel, il se laisse tenter par une autre vocation familiale et songe à devenir pasteur à son tour. Faute de réussir à décrocher son diplôme en théologie à l'université d'Amsterdam, il décide malgré tout de poursuivre dans cette voie et s'installe en Belgique pour dispenser des prêches auprès d'un groupe de mineurs travaillant dans le Borinage. Mais sa vocation et sa pratique religieuse excessive sont mal perçues et Van Gogh est contraint de rentrer aux Pays-Bas auprès de sa famille en1880.



Un artiste en éternelle fuite


Coutumier des conflits familiaux et d'une santé mentale déjà fragile, Van Gogh multiplie les voyages qui ne sont que des fuites dissimulées. Cette fois encore, il ne restera pas bien longtemps auprès des siens. Dès le mois de novembre 1880, il retourne en Belgique pour laisser s'exprimer sa véritable passion : la peinture. Il étudie pendant un an à l'Académie des Beaux Arts de Bruxelles, avant de rentrer aux Pays-Bas.

Les mangeurs de pommes de terre, 1885, huile sur toile,82 x 114 cm, Musée Van Gogh


C'est dans son pays natal qu'il va réellement entamer sa carrière. Il commence par peindre la campagne qui l'entoure, empreinte de piété et de modestie. La condition paysanne et plus largement la condition ouvrière, vont en effet constituer une grande partie de son œuvre aussi bien aux Pays-Bas qu'en France. Il peint des dizaines de toiles représentant ce thème, dont certaines sont demeurées inachevées.



Arles, la Provence et une oreille en moins


En 1886, Van Gogh rejoint son frère à Paris et bénéficie du réseau qui s'offre à lui pour parfaire sa culture artistique. A Montmartre, il croise tour à tour Pissarro, Toulouse-Lautrec et bien sûr, Gauguin. Il s'essaie à tous les styles, mais travaille surtout au développement de sa technique par application de petites touches de peinture juxtaposées directement sur la toile, sans mélanger les couleurs préalablement. Comme bon nombre de ses contemporains, il est toutefois avide de découvrir la Provence et ses paysages inégalés. Il commence alors un nouveau voyage en 1888 et s'installe à Arles, où il peint de nombreux paysages de moissons et entame sa série de tournesols.



La ville est toutefois le théâtre d'un épisode tragique qui marque le vacillement irréversible de la santé mentale de l'artiste : le 23 décembre 1888, à l'issue d'une dispute avec son ami Paul Gauguin, Van Gogh se coupe l'oreille. Ce geste incompréhensible révèle toute sa fragilité. Grâce aux nombreuses lettres qu'il a envoyé à son frère, on sait qu'il vit mal les critiques dont il fait l'objet et qu'il souhaiterait devenir un artiste rentable. C'est en effet Théo qui subvient à ses besoins en échanges de toiles dont il ne tire que peu de bénéfices. Avec Gauguin, la relation est houleuse, à la fois amicale et pleine de rivalité. En cette fin d'année 1888, ils cohabitent depuis deux mois dans la "maison jaune" d'Arles et le ton monte régulièrement entre eux. Jusqu'à ce 23 décembre où Van Gogh, pris d'un accès de folie, se mutile avant d'aller offrir son oreille soigneusement enveloppée dans du papier journal à une prostituée. Le lendemain, il est hospitalisé puis, à la demande des habitants d'Arles effrayés par son instabilité, interné à Saint-Rémy-en-Provence.


Victime d'hallucinations probablement aggravées par sa consommation excessive d'absinthe, Van Gogh perd pied, mais ne cesse pas de peindre pour autant. Venu en Provence pour en capter la lumière, il se met à peindre la nuit et son ciel étoilé, qui le fascine. A Arles, avant l'incident, la nuit est encore relativement calme (voir la première photo, en tête de l'article), mais à Saint-Rémy, elle revêt un caractère sombre et inquiétant. La touche est vrillée, les astres tourbillonnent, les lumières sont hypnotiques et les arbres ondulent telles d'inquiétantes silhouettes fantomatiques. Si la transposition numérique est une réussite pour l'ensemble de la programmation, c'est particulièrement sur ces toiles que l'immersion est la plus bluffante : ainsi réduits à l'échelle des personnages représentés par Van Gogh, nous voilà littéralement plongés au milieu des ombres qui peuplent ces nuits étoilées.


La Nuit étoilée, 1889, huile sur toile, 73 x 92 cm, Museum of Modern Art (MoMA, New-York)




Auvers-sur-Oise, le dernier voyage


En quittant l'asile de Saint-Rémy au mois de mai 1890, Van Gogh rejoint son frère à Paris. Il fait alors la rencontre du docteur Gachet qui promet de prendre soin de lui et le convainc de s'installer à ses côtés à Auvers-sur-Oise. Sous la surveillance de son nouvel ami médecin et grand amateur d'art, Van Gogh y passe les derniers mois de sa vie et peint des dizaines de tableaux, des paysages, des natures mortes et la nuit, encore. Comme à Saint-Rémy, elle est loin d'être paisible. Comme à Saint-Rémy, d'inquiétantes silhouettes peuplent ses toiles, annonciatrices du drame qui se prépare. Pourtant, son acharnement commence enfin à payer, et l'artiste se fait connaitre peu à peu des collectionneurs. Trop tard, puisque cela ne le dissuade pas de se tirer une balle dans la poitrine alors qu'il se rendait dans la campagne emportant avec lui son matériel de peinture. Acte prémédité ou nouvel accès de folie ? Toujours est-il qu'il succombera deux jours plus tard, malgré les soins que lui prodiguera le docteur Gachet et la reconnaissance, tardive mais tant espérée, de son talent.


Difficile de rattacher Van Gogh à un mouvement précis, tant son style est singulier, changeant et inimitable. Peu sûr de lui et cherchant toujours à améliorer son travail qu'il juge durement, il aura passé sa vie à étudier de nombreux courants artistiques sans cesser de se remettre en question. Toutefois, on peut lui reconnaitre une certaine proximité avec les impressionnistes, notamment dans sa volonté de capter la lumière et les variations qu'elle produit sur la nature. Il trouve également un certain écho auprès des symbolistes et des nabis, avec lesquels il partage un gout prononcé pour le mysticisme, la spiritualité et la poésie.



Les infos :

L’Atelier des Lumières

38 rue Saint-Maur

75011 Paris

Programmation Van Gogh La nuit étoilée, jusqu'au 31 décembre 2019.

Tarifs : 14,5 euros (9,5 euros pour les moins de 25 ans)

Pour plus d’informations, c ’est par ici : https://www.atelier-lumieres.com/



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