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Top 5 des monuments à voir à Poitiers

Il fait beau, les oiseaux chantent, le soleil brille, et ça sent bon l’optimisme dans les cafés, les restaurants et les établissements culturels… Bref, l'été est bien là et avec ça, mon envie de m’évader. Ce petit vent de liberté me donne envie de sortir un peu le nez de mes livres pour vous faire découvrir mes monuments favoris, de ville en ville et de pays en pays. La crème de la crème, quoi ! Et pourquoi ne pas commencer par une ville qui m’est chère, celle où je suis née ? Vous avez une mauvaise image de Poitiers ? Alors cet article est fait pour vous ! Parfois mal-aimée mais surtout méconnue, Poitiers regorge d’endroits sympas, de bons restos et de monuments chargés d’histoire. Ma ville, je l’aime ! Et je vous propose de découvrir mon top 5 des monuments à voir à Poitiers.



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Vue sur la cathédrale Saint-Pierre depuis Notre-Dame des Dunes



Le baptistère Saint-Jean


Pour découvrir cet édifice, il vous faudra sortir (un peu) du centre historique et descendre la rue Jean Jaurès, en direction du Pont-Neuf. Cela vaut le coup d'oeil, puisque vous découvrirez un vieux baptistère, témoignage rarissime de l'architecture du Haut Moyen-Âge .


Au début du IVe siècle, L'empereur romain Constantin Ier se convertit au christianisme, probablement davantage par calcul politique (il a alors besoin d'un élément fédérateur pour réunifier son royaume) que par conviction. Toujours est-il qu'après des siècles de persécutions, les chrétiens peuvent vivre leur foi au grand jour. S'en suit alors une frénésie de construction d'édifices religieux. Poitiers n'est pas en reste : Très tôt, elle est une cité chrétienne d'importance, en témoigne notamment ses nombreuses églises et son baptistère.





Cet édifice datant du Ve siècle est un précieux témoignage de l'architecture de la dynastie Mérovingienne, dont peu d'ouvrages ont été conservés. En effet, la plupart des églises et autres monuments cultuels du Haut Moyen-Âge étant devenus trop petits pour contenir le nombre croissant de fidèles, ils ont rapidement été démolis et remplacés par des bâtiments de plus grande envergure. Plusieurs fois modifiés au cours de son existence, le bâtiment actuel nous permet toutefois de visualiser ce à quoi pouvait ressembler un baptistère au début du Moyen-Âge.


Le baptistère se visite, et à l'intérieur vous pourrez découvrir une piscine baptismale et des peintures datant des XIIe et XIIIe siècle. Toutes les infos ici.


Sur la photo, vous pouvez voir que l'endroit est très agréable et qu'il se trouve juste à côté du musée Sainte-Croix, une vraie mine d'informations sur l'histoire de la ville de Poitiers.




Baptistère Saint-Jean, Poitiers, architecture paléochrétienne, musée Sainte-Croix



La cathédrale Saint-Pierre


Puisque vous êtes dans ce secteur, tournez-vous et poser votre regard de l'autre côté de la rue Jean Jaurès. Non, pas sur l'étrange dôme qui émerge du trottoir, un peu plus loin. Oui, voilà. Cette imposante tour carrée un brin austère dont chaque angle est surmonté d'une petite tourelle, c'est un tout petit morceau de la cathédrale Saint-Pierre.


Et dans le genre “édifice de premier plan qui passe un peu inaperçu”, je demande... la cathédrale. Le bâtiment souffre d’un emplacement qui ne lui rend pas justice. En réalité, la cathédrale a toujours été enserrée dans un environnement urbain très dense, tissé par les nombreuses ruelles médiévales et les immeubles à pans de bois. Mais aujourd'hui, depuis le centre-ville, on la distingue à peine. Près du baptistère, c’est un peu mieux. Mais c’est au pied de Notre-Dame des Dunes, sur l’autre rive du Clain qu’il faut se rendre pour profiter d’une vue imprenable et saisir l’ampleur de l’édifice.




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Pas facile de prendre la cathédrale en photo !


L'histoire de cette cathédrale est intimement liée à celle d'Aliénor d’Aquitaine, qui est l’origine de sa construction. Féministe avant l'heure, éprise de liberté et de pouvoir, la duchesse d'Aquitaine se réfugie à Poitiers dès que son divorce avec Louis VII, roi de France, est prononcé. C’est à l'emplacement de la cathédrale que le 18 mai 1152, Aliénor s’unit à Henri de Plantagenêt, futur roi d’Angleterre, faisant ainsi basculer tout son Duché sous giron anglais. Dix ans plus tard, en 1162, le couple finance une nouvelle cathédrale, celle que nous connaissons aujourd’hui.


Le chantier s’étale sur plusieurs siècles et l’édifice n’est consacré qu’en 1379. Marquée par le style gothique angevin avec ses contreforts et ses voûtes bombées, la cathédrale est extérieurement massive. Sa façade principale, ornée d’une rosace et de trois portails aux voussures et tympans sculptés (la thématique du Jugement dernier orne le tympan du portail central), est entourée d’imposantes tours carrées. A l’intérieur en revanche, on respire tant l’espace est aéré, cette sensation étant due à la hauteur sous la voûte (30 mètres) mais aussi à la longueur de la nef (100 mètres !).


L’ensemble est baigné de lumière grâce à la présence de nombreux vitraux, véritables bijoux de ce programme décoratif. Il me faudrait des heures pour entrer dans les détails, alors je vous conseille plutôt de prendre le temps de découvrir ces vitraux en déambulant dans l’édifice. Ne passez surtout pas à côté du vitrail de la crucifixion, situé au-dessus de l’autel. Outre ses dimensions imposantes et son exécution soignée toute en dentelle et en couleurs, il est l’un des seuls portraits d’Aliénor d’Aquitaine réalisé de son vivant.


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Partie inférieure du vitrail de la crucifixion



Le palais des Comtes du Poitou et des Ducs d'Aquitaine


Comme la cathédrale, le palais des comtes du Poitou est indissociable de l’histoire d’Aliénor d’Aquitaine. Pour la plupart des gens, il est surtout connu comme l’ancien palais de justice de Poitiers, fonction qu’il n’occupe plus depuis 2019. Ce palais a été un véritable lieu de pouvoir, résidence d’Aliénor d’Aquitaine et de sa lignée. Pourtant, peu de gens le connaissent ou se souviennent être passés devant. Alors, certains diront qu’il est fort peu mis en valeur et ils auront partiellement raison. Le bâtiment est encore une fois implanté dans un secteur très dense et est même adossé à des immeubles anciens.


Pour ce qui est visible rue des Cordeliers, le centre commercial lui fait de l’ombre. L’étroitesse de la rue et la petitesse du square aménagé au pied de la Tour Maubergeon n’arrangent rien. Côté place Lepetit, c’est un peu mieux, mais la façade monumentale n’est pas d’origine. Elle a été construite au XIXe siècle, lorsque le palais fut transformé en cour d’appel. qui reconnaîtrait le palais médiéval derrière l’imposant escalier surmonté d’un écrasant portique néoclassique ?


palais des comtes du Poitou Poitiers Aliénor d'Aquitaine
Le palais vu depuis la rue des Cordeliers

Pourtant le palais d’origine est intéressant à bien des égards. D’abord, parce qu’il s’agit d’un édifice en partie médiéval et non religieux, dont les vestiges sont encore relativement bien conservés (merci à Eugène Viollet-le-Duc, qui s'attela à la restauration du palais). Ensuite, parce qu’il témoigne du rôle qu’avait Poitiers à l’époque médiévale. Aliénor d’Aquitaine, héritière du duché d’Aquitaine, épouse du roi de France Louis VII puis du roi d’Angleterre Henri II, avait fait de la ville l’un des refuges de prédilection de sa cour itinérante. C’est à la duchesse d'Aquitaine que l’on doit notamment la Grande Salle, dont le décor gothique est caractéristique de cette époque.



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La Grande Salle du palais ou "salle des pas perdus"

J’espère que les travaux de rénovation en cours et le projet de la ville seront suffisamment ambitieux pour redonner à ce lieu la place qu’il mérite !



L'église Notre-Dame la Grande


Encore un édifice médiéval me direz-vous ? Eh oui, Poitiers est LA ville destinée aux amateurs de cette époque de l’histoire. N’oublions pas son rôle de premier plan au sein du royaume de France pendant des siècles !


Cette église fait partie des monuments incontournables de la ville, située sur l’une des places les plus vivantes du centre historique. La place du marché et ses ruelles alentours constituent une partie du cœur médiéval de Poitiers. On passe devant chaque jour, parfois même sans la voir, mais elle est là, majestueuse, au milieu des pavés et des étales du marché, face aux maisons à pans de bois. Plusieurs fois dans l’année, elle est mise en lumière à la nuit tombée, pour le plaisir des curieux.



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L'église Notre-Dame sous un ciel hivernal



Notre-Dame la Grande est avant tout un témoignage tout à la fois remarquable et singulier de l’architecture romane. Le chantier débute au XIème siècle et comme la plupart des édifices religieux de son époque, l’église est bâtie sur un site déjà occupé. Au Moyen-Âge, on construit bien, certes, mais on construit lentement ! Aussi, le chantier est organisé en plusieurs campagnes successives qui s’étalent sur plusieurs siècles.

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La façade occidentale de l'église Notre-Dame et son somptueux décor


Son architecture comporte plusieurs éléments notables: une façade occidentale richement sculptée, une tour clocher ornant la croisée du transept, et de nombreuses chapelles rayonnant autour du déambulatoire.


Sa façade principale, c’est justement là que je vous propose de vous arrêter un instant : vous y découvrirez un programme décoratif ambitieux et parfaitement symétrique. C'est normal, il s'agit là de sa fonction principale: en effet, hormis son portail qui ouvre l'accès vers la nef, la façade n'apporte rien à la structure de l'édifice et a été conçu comme un élément de décor que l'on est venu apposer sur le côté occidentale de l'église. Ce programme décoratif se lit comme une vaste scénographie d'ensemble en remontant de l'étage du portail jusqu'au troisième niveau. C'est le cheminement du terrestre vers le céleste qui se déroule devant nos yeux. Fascinant !



L'hôtel Fumé


Cette fois, on avance un peu dans l’histoire de l’architecture pour aborder une période charnière entre la fin du mouvement gothique flamboyant et les prémices de la Renaissance. L’hôtel Fumé se fait discret et pour le trouver, il vous faudra sortir un peu de l’agitation du centre-ville.


Laissez l'église derrière vous et traversez la rue de la Regratterie et ses charmants immeubles médiévaux. Dirigez-vous vers la place Charles VII récemment rénovée puis rendez-vous au 8 rue Descartes, dans l'une de ces rues très pentues dont Poitiers a le secret.




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La façade principale de l'hôtel Fumé au 8 rue Descartes

L'hôtel particulier a été édifié par une famille issue de la noblesse locale, les Fumé de la Perrière à la fin du XVème siècle. Il est composé deux bâtiments qui s'articulent autour d'une cour intérieure. Le corps de logis sur cour est un édifice à pans de bois, tandis que la façade sur rue est un bel exemple de l'architecture médiévale de style gothique flamboyant, style très répandue dans le centre de Poitiers. Avec ses tourelles encastrées et ses sculptures ornant fenêtres et voussures, cet hôtel particulier est d’un grand raffinement. Contrairement à d’autres bâtiments du même style architectural, l’hôtel Fumé demeure assez sobre, le programme décoratif n’envahissant pas totalement la façade. Ce site vous permet de découvrir quelques photos de l’édifice.





Si je le connais bien, c’est que depuis plusieurs années cet ancien hôtel particulier accueille l’Université de Sciences Humaines et Arts. D'ailleurs, en traversant le passage couvert et ses trois belles voûtes d'ogives, vous pourrez apercevoir les armoiries de l'Université, l'une des plus anciennes de France puisqu'elle a été fondée en 1431.






(Bonus) L'ancien théâtre municipal


Ok, je triche un peu… J’avais parlé d'un “Top 5”, mais comment ne pas évoquer l’ancien théâtre municipal dans mon article ? Le bâtiment n’est plus visible actuellement, puisqu’il fait l’objet d’une vaste transformation, transformation qui a justement provoqué un véritable tollé parmi les associations de protection du patrimoine. En 2013, la ville de Poitiers a en effet vendu le bâtiment à un promoteur immobilier, scellant ainsi la reconversion du théâtre en un immeuble de logements, commerces et bureaux, et - maigre lot de consolation pour ses défenseurs - la création d’une salle de spectacle vivant.





Ce théâtre n’est pas si vieux, puisqu’il a été construit en 1954 par l’architecte Édouard Lardillier, spécialiste de la conception de salles de spectacles. Ce bâtiment est intéressant dans la mesure où très peu d’édifices de Lardidillier ont résisté au temps et la démolition intensive du patrimoine du XXe siècle. De style Art Déco, il contraste avec les autres bâtiments de la place d’Armes par sa sobriété et ses lignes simples et épurées.





A l’intérieur, c’est son magnifique décor en miroir partiellement doré à la feuille d’or qui donnait à la salle de spectacle son caractère majestueux. La conservation de ce décor est justement l’enjeu majeur de cette transformation, à charge pour le promoteur ayant acquis l’édifice de le restaurer et lui redonner son éclat d’antan.




Pour le moment, le chantier est toujours en cours de réalisation. Patience, on croise les doigts…



Et parce que Poitiers n’existe pas uniquement par son passé, je vous invite à lire cet article du blog du Hérisson qui vous permettra de découvrir ses parcs mais aussi ses restaurants et bars. Bonne visite !



Quant à moi, je vous retrouve la semaine prochaine pour un nouvel article, direction Paris ! Pour être certain de ne pas le rater, suivez-moi sur Instagram (lien en bas de page) ;-)


A bientôt sur www.plumedart.com !